Restez positifs!

Longtemps utilisée comme une sorte d’outil magique, la pensée positive est aujourd’hui remise en question. Accusée de faire plus de mal que de bien, de n’être vraiment utile que pour les personnes qui vont déjà bien, d’être au mieux inefficace au pire destructrice, la pensée positive est en passe de devenir le pire ennemi des personnes à faible estime de soi. Alors pour tous ceux qui ne savent plus quoi croire et se demandent « Pensée positive, to use or not to use ? » je vous propose un petit état des lieux sur les points négatifs de cette technique ainsi qu’une option qui vous permettra d’éviter ces écueils.

La pensée positive

Quand on parle pensée positive, on parle affirmations positives. La pensée positive s’adresse aux personnes déjà optimistes qui cherchent à renforcer encore leur optimisme mais surtout aux personnes défaitistes qui ont tendance à accorder spontanément une grande attention à ce qui ne va pas dans leur vie, ce qu’il leur manque, ce qui est dysfonctionnel, et à ellipser ce qui va bien ou le déprécier avec des croyances du style « J’aime mon travail mais il me rapporte moins d’argent que celui de mon voisin » « J’aime faire de la peinture mais c’est difficile » « Tout va bien en ce moment dans mon couple mais ça ne va pas durer »… La pensée positive propose de contrebalancer le flot d’affirmations « négatives » que la personne va se répéter tout au long de la journée par un flot d’affirmations « positives », c’est-à-dire optimistes, dans l’idée d’égaliser voir même d’inverser la tendance. L’idée est très séduisante car la mise en application est d’une simplicité enfantine et les promesses sont grandes : si je me répète toute la journée que je suis beau, intelligent, aimé… je finirais par y croire et même par le devenir. 


Vraiment?

Seulement les choses ne sont pas aussi simples. Car voilà, on s’est rendu compte de plusieurs choses. Déjà qu’un certain nombre de personnes rentraient tellement dans une sorte de dogme du tout positif  qu’ils finissaient par ne plus s’occuper des difficultés du quotidien. A force de vouloir à tout prix voir le bon côté des choses et se répéter en boucle que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, ils finissaient par nier qu’il y avait un mauvais un côté. Hors quand on refuse de voir les difficultés et d’y faire face, il arrive bien souvent qu’elles prennent de l’ampleur, parfois même beaucoup d’ampleur.

Ensuite, un groupe de chercheurs canadien a remarqué que la répétition d’affirmations positives ne semblait pas produire les mêmes résultats selon la personne qui la met en pratique. Ils ont observé d’un côté l’augmentation du niveau d’estime de soi chez les personnes qui avaient déjà une bonne estime à la base et d’un autre côté une baisse d’estime de soi chez les personnes qui en avaient une mauvaise au début de l’expérience.

 

Alors comment se positionner face à de telles constatations ? Ne vaux-t-il pas mieux arrêter de pratiquer la pensée positive ?

 Je vous propose d’agir en deux étapes. Premièrement en apprenant à faire la différence entre les croyances utiles qui vous apportent des informations sur votre environnement et celles qui sont erronées et vous desservent sans rien vous apporter de constructif. Vous pourrez utiliser les premières pour remettre de l’ordre dans votre vie et modifier les secondes. Deuxièmement en adaptant la technique pour adopter un état d’esprit plus optimiste tout en restant en accord avec vous-même.

1- Questionnez vos croyances

Avant toute chose il est important de commencer par questionner vos croyances afin de faire la différence entre deux types deux croyances « négatives » - pessimistes, dévalorisantes - , celles qui sont là pour vous indiquer que quelque chose ne va pas dans votre environnement et mériterait d’être amélioré, et celles qui ne trouvent pas de fondement et vous limitent. Pour ça poser vous les questions suivantes.

 

Vos croyances sont-elles vraiment réalistes ? A quoi le voyez-vous ?

 

S’il s’avère que vos croyances sont effectivement fondées je vous invite à vous demander: Que puis-je mettre en œuvre pour modifier la situation ?

 

Par exemple, vous êtes persuadé que la réunion de travail de demain va mal se passer et en questionnant cette croyance vous vous rendez compte que vous ne vous sentez pas à l’aise avec cette réunion car vous ne vous y êtes pas suffisamment préparé pour maîtriser le sujet. Du coup vous bafouillez, vous ne savez pas répondre aux questions, vous ne savez plus où vous mettre. Dans une telle situation vous feriez mieux d’écouter ce que votre croyance vous dit et de réagir rapidement si vous voulez conserver de bonnes relations de travail.

De manière générale quand une de vos affirmations négatives s’avère justifiée, n’essayez pas de vous en débarrasser ou de la modifier, écouter là et remettez de l’ordre dans votre vie.

 

 

 

Ceci étant dit, il arrive également  que certaines de nos croyances négatives ne soient pas justifiées. Cela peut être parce qu’elles sont issues des peurs et croyances de personnes de votre entourage qui vous ont été répétées encore et encore jusqu’à retentir de manière automatique dans votre esprit, ou parce qu’elles proviennent d’un contexte passé dans lequel elles avaient une utilité et qui n’est plus d’actualité… Du coup ces croyances qui ne sont pas adaptées à votre quotidien vous freinent, ce sont des croyances limitantes.

2-  Modifiez vos croyances

Vous pouvez augmenter votre degré de liberté en modifiant vos croyances limitantes mais pour que ça fonctionne il va falloir agir en accord avec vous-même. Exit les formules sur-idéalistes toutes faites à répéter jusqu’à plus soif. Si vous ne croyez pas en ce que vous dites, vous n’obtiendrez pas les résultats que vous souhaitez. En fait vous risquez même d’obtenir tout l’inverse.

Tenez, pensez à la plus profondes de vos convictions. Optimiste ou pessimiste peu importe. Quelque chose d’important pour vous, quelque chose dont vous êtes persuadés. Visualisez cette conviction, mettez la en situation dans votre esprit, voyez-là, entendez-là, souvenez-vous comment vous avez acquis cette croyance, qu’est-ce qui vous a permis de voir par le passé que cette croyance était justifiée… Et maintenant imaginez que je vienne vous dire que je ne suis pas du tout d’accord avec cette croyance, que je pense qu’elle est totalement fausse, et que même, je pense l’exacte opposé. Comment le prendriez-vous ? Que ressentiriez-vous ? Qu’en penseriez-vous ? Que me répondriez-vous ?  

 

Généralement ce genre d’interactions provoque de l’hostilité, de la frustration, on se raidit, on campe sur nos croyances, on essaie de convaincre l’autre qu’elles sont justifiées et même parfois qu’il devrait lui-même y adhérer. Et bien dites-vous qu’à l’échelle interne c’est exactement pareil. Si vous arrivez avec vos gros sabots et que vous commencez à vous répéter une phrase qui est en parfait désaccord avec vos croyances profondes, votre cerveau va se raidir, camper sur ses positions et tout faire pour préserver les croyances déjà existantes. Il fera appel à des souvenirs d’expériences passées dans lesquelles ces croyances se justifiaient sans vous signaler que la situation a changé, à des souvenirs d’autres personnes qui ne sont pas vous mais pour qui ces croyances sont justifiées, il construira même de nouvelles croyances du style « Non décidément la pensée positive ce n’est pas pour moi. Je suis nul. Même une technique aussi simple ne marche pas sur moi. » pour appuyer et protéger les anciennes croyances.

 

Alors quelles solutions ? Négociez. Au lieu d’essayer de passer en force et de vous faire refouler de la même manière avec pertes et fracas, jouez finement. Ecoutez ce que votre croyance limitante a à vous dire et adaptez-vous. Il va s’agir de trouver une affirmation un peu plus optimiste, qui vous donnera un plus grand espace de liberté, de progression, sans nier votre croyance limitante. Et surtout il faut que ce soit une affirmation en laquelle vous croyez. C’est la condition de la réussite. Plus vous vous répéterez des affirmations positives en total désaccord avec vos croyances profondes, plus vos croyances se renforceront. Mais si vous trouvez une affirmation qui ne nie pas vos croyances limitantes mais les ouvre à d’autres possibilités, c’est gagné.

 

Qui a dit ça ? Et qui d’autre ? Quelles sont les différences entre moi et cette personne ?

 

Existe-t-il un contexte dans lequel cette croyance ne fonctionne pas ? Dans quelle situation cette croyance s’avère-t-elle fausse ?

 

Quelles sont les limites de cette croyance ?

 

 

Comment pourrais-je nuancer cette croyance ?


Madame X

Prenez Madame X qui a une très mauvaise image d’elle-même. Elle se trouve nulle et incapable, elle pense qu’elle ne peut rien faire de bien. En creusant un peu on se rend compte qu’elle a travaillé pendant des années dans un lieu où les relations étaient tendues et que son patron et certains collègues venaient souvent la voire pour lui dire qu’ils attendaient d’elle de meilleures performances en des termes assez cassants. A force d’entendre ces réclamations elle a fini par généraliser et à penser que décidément elle ne pouvait jamais rien faire de bien, qu’elle était nulle en tout. En demandant « Qui a dit ça ? » on peut trouver « Mon patron » « Et qui d’autre ? » « Les collègues du service de la compta : Jean, Mireille, Thomas… »  « Dans quelle situation cette croyance s’avère-t-elle fausse ?  Que faites-vous de mieux ? » « Je suis douée avec les enfants. Je suis une bonne cuisinière. » Et voilà. Nous avons trouvé comment nuancer cette croyance limitante. Il ne s’agira pas de nier le fait que les attentes de certains collègues ne correspondaient pas avec les résultats qu’elle pouvait leur fournir au travail mais d’appuyer sur ses autres capacités. « Je fais de délicieux soufflés » pourrait être une affirmation adaptée. On pourrait également casser la généralisation en disant « Les personnes du service de la compta ne me trouvaient pas assez productive.» et là on rend à César ce qui appartient à César. L’incapacité de Madame X n’est plus un fait établi mais une impression qui appartient à ces collègues. Ne reste plus qu’à choisir la croyance qui lui semble le plus vraie, c’est celle-là la bonne.

 

A vous de jouer !



Sources

 

- http://www.passeportsante.net/fr/Communaute/Blogue/Fiche.aspx?doc=la-pensee-positive-plus-nuisible-qu-utile

- http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=2009070777_la-pensee-positive-peut-aussi-avoir-des-effets-negatifs

- http://www.atlantico.fr/decryptage/au-mieux-inoffensive-au-pire-contre-productive-veritables-effets-pensee-positive-philippe-vernier-1001786.html#wwEjFG7wf7yDQZ0P.99

 - http://www.ithaquecoaching.com/articles/etat-desprit-positif-modifier-un-discours-interieur-195.html

Positive Self-Statements, Power for Some, Peril for Others, Joanne V. Wood, W.Q. Elaine Perunovic, and John W. Lee, University of Waterloo and University of New Brunswick

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