En finir avec la culpabilité

Aujourd'hui afin de vous ouvrir de nouvelles possibilités et vous apporter un peu plus de liberté je vous propose d'aborder avec vous deux notions bien souvent confondues : la culpabilité et la responsabilité. Bien que ces deux notions soient très proches sémantiquement parlant elles comportent tout de même quelques distinctions qui font toute la différence et qui avec un peu d’esprit d’initiative peuvent vous ouvrir bien des opportunités.

 

Voyons d'un peu plus près ce que chacune de ces attitudes peut vous apporter.

Culpabilité/responsabilité

 

Pour ces deux termes, lorsque l’on regarde dans le dictionnaire, on trouve l’idée qu’un dommage a été commis, qu’une personne en est à l’origine, et que cette personne a le devoir ou l’obligation de réparer le dommage. À chaque fois l’idée est donc que nos actes ont des conséquences.

Sur le plan factuel, les deux définitions sont très similaires. La différence est dans le jugement, le regard qu’on décide de porter sur les faits, et là, les deux termes sont bien distincts.

Culpabilité vient du latin « culpa » qui signifie « faute ». Lorsqu’on parle de culpabilité, on pose donc un jugement moral en termes bien/mal. Lorsqu’on dit d’une personne qu’elle est coupable on dit donc non seulement que les actes de cette personne ou des conséquences mais on dit également que ces conséquences sont négatives ou bien que cette personne a mal agi, s’est mal comporté.

 

Responsabilité vient du latin « respondere » qui signifie « répondre » ou « responsum » qui signifie « réponse ». Lorsqu’on parle de responsabilité, il ne s’agit donc plus de jugement moral, l’attention est plutôt portée sur l’attitude que nous allons décider d’adopter après coup. Ce qui importe dans la notion de responsabilité n’est donc plus le jugement que l’on porte sur l’action en elle-même ou sur ses conséquences mais bien sur le pouvoir que nous avons sur nos actes et sur ce que nous allons décider d’en faire à chaque instant et notamment lorsque l’on prend conscience que nos actes ont des conséquences.

Et concrètement qu’est-ce que ça change ?

 

Concrètement, le choix du mot que vous allez utiliser est directement lié à la position que vous décidez d’adopter dans une situation donnée. Si vous posez une action, que les conséquences de cette action vous déplaisent ou déplaisent à quelqu’un qui vous le signale, vous pouvez choisir soit de vous définir comme coupable, soit de vous définir comme responsable.

Si vous décidez de vous définir comme coupable, vous décidez que les conséquences de votre action ne sont plus seulement déplaisantes mais qu’elles sont en plus négatives ou mauvaises, et vous posez possiblement le même jugement sur le comportement qui en était à l’origine. Pour moi, c’est la possibilité d’entrer directement dans le triangle de Karpman en prenant à la fois le rôle de victime et celui de bourreau puisqu’à ce moment-là vous devenez à la fois le bourreau qui fait souffrir autrui des conséquences négatives de ses mauvaises actions et à la fois la victime qui souffre des conséquences malheureuses de ses actes. Entre ces deux rôles, on peut vite s’enfermer et perdre énormément de temps et d’énergie à se flageller d’avoir osé commettre des actions aussi répréhensibles.

 

Le problème là-dedans et que pendant que vous vous noyez dans la culpabilité et la souffrance qu’elle peut engendrer vous n’êtes pas en train de poser des actions pour avancer vers la mise en place d’une situation plus conforme à vos valeurs morales. On s’est grandement éloigné de la notion de réparation, insidieusement et sans même s’en rendre compte. La solution la plus simple pour moi dans une telle situation est donc d’adopter une attitude responsable. À ce moment-là, l’attention n’est plus portée autour d’un éventuel jugement moral des actions ou de leurs conséquences mais bien autour du pouvoir que nous avons sur nos actions et leurs conséquences. La question n’est donc plus d’avoir commis un acte répréhensible ou moralement condamnable et de devoir en payer le prix dans la souffrance mais bien d’avoir posé des actions dont les conséquences n’ont pas été à la hauteur de nos attentes et donc d’essayer de rectifier le tir en se demandant quelles actions pourraient être posé dont le résultat serait plus conforme à nos attentes ou à nos valeurs. 

Votre ami Michel

 

Pour donner un contexte à mes propos, imaginez que l’un de vos amis vous raconte une difficulté qu’il traverse en ce moment. Il a l’air vraiment triste et il ne sait plus quoi faire. Il vient vous voir car il a besoin de se confier et de sentir qu’on l’écoute. Malheureusement vos deux enfants ont la grippe en ce moment, du coup vous n’avez quasiment pas dormi de la nuit. En plus aujourd’hui vous avez appris que la prime que vous espériez obtenir au travail a été attribuée à quelqu’un qui s’investi moins que vous alors que cela fait deux semaines que vous travaillez comme un dingue sur ce satané dossier ZX. Autant le dire franchement : vous êtes à bout. Du coup, vous ne vous sentez pas du tout d’humeur à écouter les plaintes de votre ami Michel qui a encore des problèmes de santé, à croire qu’il le fait exprès ou qu’il est hypocondriaque ! Vous le lui signalez sans ménagement et approximativement selon les termes que je viens d’utiliser. Votre ami repart déçu et déprimé. Quelques semaines plus tard, lors d’une consultation médicale on lui diagnostique une maladie auto-immune qui explique les symptômes tous plus variés que fréquents dont il vous parle depuis toutes ces années. Vous comprenez que vous ‘aviez mal jugé et que cela lui a fait du mal. A présent il se sent plus seul et déprimé que jamais et vous vous en voulez de l’avoir envoyé bouler et de l’avoir traité hypocondriaque.

 

A ce moment là vous avez globalement deux options :

 

1-      Vous passez des jours, voir des semaines ou des mois sans oser le contacter car vous vous en voulez tellement de la manière dont vous lui avez répondu la dernière fois qu’il est venu vous voir pour vous parler de sa rhinite et de ses soucis digestifs. A chaque fois que vous pensez à Michel vous vous dites que le pauvre n’a pas de chance, que c’est décidément terrible ce qu’il lui arrive, que vous vous êtes vraiment comporté comme un mufle, un rustre, un monstre, un salaud la dernière fois qu’il est venu vous voir, alors qu’il avait juste besoin d’un peu d’écoute et de soutien. Vous vous dites que vraiment votre comportement était abject, que vous auriez dû comprendre qu’il allait mal, le croire, lui accorder plus de crédit, que vraiment vous n’êtes pas un bon ami et qu’on ne peut pas compter sur vous. Vous vous sentez tellement coupable que vous n’arrivez plus à le regarder dans les yeux.

Notez que cette situation peut aussi se décliner dans une version où vous gardez contact avec lui mais passez vôtre temps à lui rabâcher à quel point vous êtes désolé de vous être si mal comporté et à quel point vous vous en voulez.

Quoiqu’il en soit, vous voyez bien que dans chacune de ces deux versions vous n’êtes pas d’un grand soutien pour Michel qui doit continuer de se débrouiller tout seul pendant que vous êtes occupés à remuer votre culpabilité.

 

2-      Vous allez voir Michel, vous lui présentez vos excuses pour votre comportement de la dernière fois, vous lui dites que vous n’êtes pas fier de votre comportement, que vous voyez bien que vous l’avez un peu jugé un peu rapidement et vous êtes emporté mais que maintenant vous souhaitez être plus attentif et que s’il a besoin de parler vous comptez bien être là pour lui, puis vous lui demandez comment il se sent, vous l’écoutez et lui proposez d’aller faire un tour histoire de s’aérer l’esprit.

 

Dans ce scénario, vous n’êtes plus centré sur vous ou ce que vous pensez et ressentez par rapport aux comportements que vous avez eus. Vous vous préoccupez de Michel, vous adoptez une attitude plus en accord avec vos valeurs morales et ce que vous estimez être « un ami digne de ce nom », vous prenez la responsabilité de vos comportements afin de les diriger dans une direction plus propice à fournir des résultats en accords avec vos valeurs. A ce moment là non seulement vous agissez en accord avec vos valeurs mais en plus vous redevenez un soutien pour Michel.

Et vous, où en êtes-vous là-dedans ? Où se porte votre attention lorsque les résultats des actions que vous mettez en œuvre ne sont pas conformes à vos attentes ? Quel degré de pouvoir vous attribuez vous par rapport à vos propres actions ? Et qu’allez-vous mettre en place pour prendre la responsabilité de votre bonheur ?

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